TRACT 7
Tract d'action Poétique Numéro 7 Juin 2000 (extraits) "Saint-Pol Roux le Magnifique " . .."Alors fier comme un dieu, le suprême orgueil d'avoir créé de la Viel'incendiant, le poète se dresse pour s'inscrire sur sa porte, en naïve dédicace à ses contemporains : "LE STYLE C'EST LA VIE."... Le Roi lyre , l'Homme rayon , l'Homme libre , le prince de l'Esprit pur , tous ces qualificatifs sont points de surjets qui tiennent ensemble les velours et les soies, les damas et les brocards, les ors et les pourpres, les aigues-marines, les azurs et les blancs, d'une cape soleilleuse et musicale jetée sur les épaules du solitaire à barbe blanche . Ils lui sont dus, autant qu'à Rimbaud : le passant considérable ou l'homme aux semelles de vent . Poète breton ? Non si l'on s'en tient au fait que Paul Pierre Roux est né le 15 janvier 1861 à Saint-Henry dans la banlieue de Marseille ; mais ceci serait une appréhension restrictive et étroite de celui qui fut pendant plus de 40 ans un poète de Bretagne. Il puisa à plein bras, comme dans un coffre de Golconde, dans la matière de Bretagne, et lui rendit à profusion d'étincelantes pierreries, comme la balle au bond est enrichie de la nue. Après avoir vécu quelques temps dans les Ardennes, puis à Paris, une nuit de 14 juillet devant la parade d'une baraque foraine il est touché au front par le doigt de l'Ange du bizarre . En l'occurrence ce sera une très belle danseuse arabe avec des yeux splendides qui percevant leur désarroi et le besoin de combler une certaine vacuité parisienne leur dit : "Chana ! Allez à Camaret ! Camaret, mon pays d'origine ! ... Un petit port perdu au bout du monde, près de Brest, mais le plus joli port qui existe : une merveille ! Quand vous l'aurez vu, vous ne voudrez plus repartir." La belle danseuse se révéla être une bretonne de Camaret. C'est ainsi que dès le lendemain, Saint-Pol, sa femme et leurs deux garçons partirent pour l'ouest où ils s'installèrent à Roscanvel. La modeste chaumière de Lanvernazel verra la naissance de leur fille et deviendra la chaumière de Divine . C'était en juillet 1898 et Saint-Pol croyait pénétrer au sein d'une colombe . Pour Saint-Pol, les noirceurs du romantisme - les couleurs sombres de la vision de la Bretagne que l'on retrouve aussi bien chez Chateaubriand que chez Corbière pour prendre des opposés de style et de manières - ne lui sont pas héritage. Son imagerie mentale nourrie par l'acuité d'une vision pure, intacte - au sens rimbaldien du terme - lui autorise toutes les audaces, une luxuriance de palette incomparable. Dans les Reposoirs de la Procession (1893), La rose et les épines du chemin (1901), De la colombe au corbeau par le paon (1904) et Les féeries intérieures (1906) pour ne prendre que quelques-uns de ses principaux ouvrages, dont les trois tomes des Reposoirs , il est faïencier breton, il est brodeur bigouden, il est pilleur d'épaves du pays pagan. Comme les peintres de l'école de Pont-Aven sa palette exulte, il cloisonne, pour enchâsser, des joyaux d'images et de mots. Comme Gauguin il a ses Christ jaune . Rémy de Gourmont le donne comme "l'un des plus étonnants inventeurs d'images et de métaphores." Pour Saint-Pol Roux poésie et métaphysique, à l'évidence, sont les deux moyens d'une même questionnement ontologique. C'est donc là au manoir de Boultous (devenu Coecilian après la mort de son fils, sous Verdun, en 1915) à la pointe de Camaret, sur cette fin-de-la-terre qui est une commencement-du-ciel que Saint-Pol Roux, qu'un de ses biographes appelle le panthéiste amoureux , dépasse pourtant le panthéisme, le naturalisme, le métaphorisme, atteint le ciel d'étoiles du symbolisme. Mais Saint-Pol Roux ignore magnifiquement les frontières, méprise les entraves, il est libre. Libre de chercher, trouver et célébrer le pouvoir libérateur de l'image. Plus que dilaté, comme l'univers, le Magnifique est en expansion constante. Le liminaire des Reposoirs de la Procession résume les doctrines esthétiques de Saint-Pol, il prône l'idéo-réalisme et annonce "Nous allons entrer dans le Magnificisme ." Ernest Renan peut bien railler en parlant des poètes symbolistes : "Des enfants qui sucent leur pouce", André Breton et les surréalistes, eux ne s'y tromperont pas. Même s'ils oublient - oubli inacceptable à mes yeux - un peu vite le rôle d'Arthur Rimbaud, ils déclarent Saint-Pol Roux Seul authentique précurseur du Mouvement dit Moderne et lui rendent un hommage appuyé dans les Nouvelles Littéraires du 9 mai 1925 . De celui qui à partir du symbolisme sut construire les notions d'idéoréalisme et de magnificisme et ouvrir de nombreuses pistes au surréalisme Breton écrivit : "La crise que subit aujourd'hui l'esprit poétique, crise essentiellement morale, on oublie trop que Saint-Pol Roux a en été l'un des principaux annonciateurs. De par son incessante clairvoyance et l'extrême pureté de son attitude, il demeure de tous ceux de sa génération, le plus hautement, ou pour mieux dire, le seul qualifié pour intervenir dans le débat qui nous passionne : ordre ou aventure, raison ou divination, Occident ou Orient, esclavage ou liberté, rêve ou non rêve. Lui seul n'a jamais été pris en flagrant délit de concession personnelle, il ne peut, à aucuns yeux être entaché d'erreur..." Il lui dédia aussi son livre Clair de terre . Max Jacob, Morven le Gaëlique, ami de Saint-Pol Roux disait : "son style est imperissable, muclé d'or et veiné de blancheur". Dans une allocution donnée en l'honneur de Saint-Pol Roux et de son oeuvre le 6 février 1909, Victor Ségalen, l'ami intime, le familier, en s'inspirant des saluts et des répons Maoris, dit : "Que tu vives ! qu'elle vive elle-même et qu'elle triomphe en la beauté" . Que Ségalen ait offert les bois sculptés de la Maison du Jouir, de Gauguin, à Saint-Pol Roux, n'était pas sans signification. Nul doute que le grand voyageur et poète qu'était Victor Ségalen, s'il n'avait pas été frappé prématurément par la Dame à la Faulx en 1919 aurait écrit un livre, aurait érigé une stèle littéraire, sur ces autres immémoriaux de Bretagne et notamment sur Saint-Pol Roux. Mais même si l'on ne croit pas au Fatum et aux intersignes, on ne peut s'empêcher d'être frappé par le destin de Saint-Pol Roux. Celui qui avait écrit en marge d'un poète Apocalypse , Par un matin d'huissier mai 1894 , celui qui perdit un enfant en bas âge, son aîné à la grande guerre , sa femme en 1923, fut frappé à mort dans la chair de sa fille dans la nuit du 23 au 24 juin 1940. Il avait écrit dans La Dame à la Faulx : "Tous les aigles sont morts et les dieux vont finir jeune fille, il n'est plus de clarté sur le monde..." Cette nuit-là un reître de l'armée allemande d'occupation, un spadassin du nazisme - boulanger en Silésie - force la porte du manoir et, poignard et pistolet dégainés, tire sur Saint-Pol Roux le manque, et l'assomme, tue Rose la servante et amie, et viole Divine après l'avoir gravement blessée à la jambe. Ainsi en Pen Ar Bed , dans ce lieu dont Saint-Pol Roux avait comme personne compris le génie, dans ce manoir où soufflait l'esprit dans cet Elseneur de la pensée le destin quasi shakespearien du Magnifique finissait de s'accomplir. Cette fois celui qui envoyait aux enfants de Camaret des Célestogrammes du Père Noël et des jouets en barque, celui qui avait su trouver l'ouverture maximale du compas , celui qui en barde magicien avait su comme personne jouer et exalter le magnétisme de l'image, était touché à mort. Il survécut quatre mois à cette nuit d'épouvante et mourut brisé de douleur le 18 octobre 1940 à Brest. Ses manuscrits pillés dans cet intervalle, le Manoir de Saint-Pol fut occupé par les allemands puis bombardé en 1944 et détruit. Celui qui redoutait plus que tout les poussières graduelles des bibliothèques avait été tué par la barbarie. Il avait vécu au bout du monde, face à l'océan atlantique en pleine humanité, mais au seuil du mystère . Il y avait aimé et souffert en poète pour y capter l'émotion, ce sillon du vrai pour tous les hommes. Yann Orveillon
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